Ma vie sur le circuit en tant que femme de joueur, par Kelsey Anderson

Crédit photo : @KelseyOAnderson

Crédit photo : @KelseyOAnderson

Nouvel épisode dans ma série d’interviews permettant de découvrir le travail et les personnes qui évoluent autour des joueurs et joueuses de tennis sur les circuits WTA et ATP. Après le métier de PR manager, celui d’arbitre de chaise, ou encore celui de kiné j’ai décidé pour ce nouvel article de m’intéresser à quelque chose d’un peu différent, quelque chose qui n’est pas vraiment un travail mais qui a à coup sûr un rôle crucial sur le succès et la vie d’un athlète, les partenaires. Souvent oubliés, les femmes, maris, petites amies ou petits copains n’ont pas vraiment une vie conventionnelle. Beaucoup d’entre eux ne peuvent pas voyager avec leur bien aimé toute l’année et doivent vivre une relation à longue distance, d’autres ont fait un choix et ont décidé de faire tout leur possible pour aider leurs partenaires à atteindre leurs objectifs et leurs rêves, et aujourd’hui c’est de ces derniers dont il va être question. Et pour en savoir un peu plus à propos de ce que cela implique d’être une femme de joueur sur le circuit je voudrais chaleureusement remercier Kelsey Anderson qui a accepté de prendre un peu de son temps pour répondre à mes questions. Comme son nom l’indique, Kelsey est la femme de Kevin Anderson (n°12 au classement ATP), et depuis quelques années elle est un membre à part entière de l’équipe de son mari et voyage ainsi avec lui toute l’année. Et contrairement à ce que plusieurs personnes pensent, être une femme de joueurs ne se résume pas à faire du shopping ou à regarder son mari jouer depuis les meilleures places. Comme le révèle Kelsey, cela implique bien plus de choses, et quelques fois cela est même un peu difficile… Si vous voulez en savoir plus à propos de la vie de Kelsey sur le circuit, n’hésitez pas à consulter son blog pour le site The Changeover ou son compte Twitter !

Tout d’abord, beaucoup de gens se demandent à quoi ressemble une journée classique dans ta vie ? J’ai lu sur ton blog que, en fait, il n’y a pas vraiment de journée typique, exact ?
Le programme de notre équipe change beaucoup d’une journée à l’autre et d’une semaine à l’autre. Habituellement nous nous rassemblons la veille et écrivons le programme pour les jours à venir. Vous devez être assez flexible parce qu’avec la nature du tennis et les voyages, les imprévus se produisent toujours. C’est impossible de prévoir quoique ce soit, nous faisons simplement de notre mieux.
La journée classique de Kevin implique un peu de travail sur le court, du travail physique (mais les jours de match normalement), et le travail de récupération. Nous essayons de faire tout le reste des choses qui ont besoin d’être faites autour de ce programme.

Quels sont les difficultés et les bienfaits de votre situation ? Et est-ce que cela vous aide d’être une ancienne athlète vous-même ?
Je pense définitivement qu’avoir pratiqué un sport moi-même m’a aidé à comprendre le niveau d’engagement de Kevin dans le tennis. Je pense que ma propre expérience en tant que joueuse de golf m’a aidée à savoir à quoi ressemble le chemin pour arriver à ce niveau de jeu. Je peux mieux apprécier le fait qu’il y ait eu des années de sacrifices, de dur labeur et de dévouement.

Comment décririez-vous votre rôle dans l’équipe ? Par exemple, quel est votre « travail » juste avant un match ? Est-ce plutôt sur le plan mental avec quelques mots d’encouragement, ou aussi quelques conseils techniques ou tactiques…
Nous plaisantons souvent à propos du fait que mon titre dans l’équipe est « présidente du club de soutien ». Cela inclus de nombreux rôles différents, mais mon plus gros travail est de facilité l’ensemble des opérations de l’équipe. Quelques fois c’est aussi simple que de s’assurer que tout le monde dans l’équipe a bien mangé, quelques fois cela implique de courir pour fournir quelque chose au kinésithérapeute de Kevin, mais les tâches quotidiennes changent tout le temps. Mes plus grosses obligations sont de m’occuper de préparer les transports pour l’équipe, payer les factures, m’occuper de la coordination avec les managers de Kevin, faire la comptabilité et aider l’entraineur avec les tickets pour les invités. Mais c’est plus global que cela car nous faisons tout ce que nous pouvons pour aider à ce que l’équipe fonctionne de manière efficace et tienne Kevin à l’écart de tout tracas en dehors de son tennis. C’est un effort commun de tous les membres de l’équipe, et je pense que nous sommes très chanceux d’avoir un groupe de personnes dévouées qui sacrifient beaucoup pour l’objectif commun de l’excellence des performances de Kevin.
J’essaie d’aider Kevin au niveau de sa force mentale. Je pense que lui et moi avons une bonne connexion et je le comprends extrêmement bien. J’ai également fait beaucoup de travail psychologique moi-même pendant des années avec le golf car c’est un sport très mental, donc j’essaie de le transmettre autant que je le peux à Kevin.

Cela n’est déjà pas facile pour les membres de l’équipe d’un joueur de ne pas stresser durant un match, mais pour une femme, comme vous, cela doit être encore plus dur… Comment gérez-vous cela ?
La plus grande chose que je fais est d’essayer d’ignorer ce qui pourrait être en jeu pour Kevin. Je ne m’inquiète pas ou ne prête pas attention aux points ou aux gains potentiels, parce que sinon je ressens plus de stress et d’anxiété. Je ne regarde pas non plus le tableau au-delà du match à venir. Je pense que rester dans le présent est la chose la plus simple à faire pour rester calme. Je discute aussi avec le coach de Kevin et son kiné pendant les matchs ce qui aide à soulager la tension du moment.

J’ai entendu dire que vous étiez celle qui s’occupe de la partie business… Et contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, vraiment peu de joueurs voyagent en réalité en classe affaire, exact ?
Nous ne réservons pas souvent de tickets en classe affaire parce que le prix des billets peut vraiment être exorbitant. C’est difficile de justifier de dépenser 10 000$ pour 10 heures de vol. Beaucoup de joueurs avec qui j’ai discuté ont le même sentiment. Nous faisons ce que nous pouvons pour profiter de quelques avantages gratuit ou pour utiliser nos points voyages pour avoir des sièges plus confortables pour les longs voyages. Kevin est vraiment grand, donc c’est important que son corps ne soit pas trop contracté. Nous regardons toujours les types de sièges disponibles, parce que même les sièges de la classe affaire peuvent être très inconfortables pour lui dans certains avions. J’adore vraiment le site seatguru.com pour vérifier le type de siège que l’on réserve.
A la fin de la journée nous devons dépenser de l’argent ici et là pour nous assurer que Kevin voyage confortablement, et quand nous faisons cela, nous faisons une sorte « d’investissement ». Quoi qu’il en soit, nous explorons d’abord toutes les autres options avant de nous diriger vers les options les plus couteuses. C’est assez marrant dans un sens car nous apprenons toujours de nouvelles choses sur les avantages liés à la fidélité et sur comment maximiser nos voyages. Les joueurs échangent des infos et conseils entre eux et il y a toujours plus à apprendre. Notre expert pour les petits trucs et astuces liés aux voyages est le joueur de double Frank Moser, je lui dis tout le temps que c’est mon agent de voyage !

Vous n’avez pas toujours voyagé avec Kevin tout au long de l’année. Et il y a beaucoup de femmes ou petites amies qui ne peuvent pas voyager avec leurs maris ou petits copains… Comment gérer les relations amoureuses à distance ?
Passer du temps loin des proches est l’un des aspects les plus difficile de la vie sur le circuit. Je pense que beaucoup de joueurs amènent leur familles sur les plus gros tournois, du coup on a toujours l’impression de voir beaucoup de femmes ou petites amies dans les environs durant les Grands Chelems et les Masters 1000. Si vous ne pouvez pas être ensemble, vous devez alors investir beaucoup de temps pour maintenir les relations à distance. La technologie actuelle est bien meilleure qu’elle ne l’a été, et des choses comme Skype, FaceTime, WhatsApp, et les réseaux sociaux aident vraiment.
Le plus grand conseil que je pourrais donner à quelqu’un qui est engagé dans une relation à distance serait de se rendre compte que cela n’est pas une condamnation ; ce moment dans votre vie est juste temporaire, et un jour vous serez en mesure de passer plus de temps ensemble. C’est facile de prendre pour acquis la difficulté que cela représente, mais même maintenir une relation d’amitié peut être compliquée quand vous êtes trop loin. Cela demande beaucoup de temps, d’énergie et de dévouement pour maintenir une relation à distance.

Maintenant que vous voyagez toute l’année avec Kevin vous n’êtes pas très souvent à la maison je pense, est-ce un sentiment étrange de ne pas vraiment avoir de maison ?
Nous avons une maison en Floride, et nous adorons vraiment être là-bas. Vivre au milieu des valises pendant des semaines est compliqué au bout d’un moment, mais nous avons fait un effort pour passer plus de temps à la maison et je pense que c’est vraiment important pour la récupération mentale et le bien-être.

Après avoir voyagé et expérimenté beaucoup de tournois, quels sont les critères qui font un bon tournoi selon vous ?
En général mes tournois préférés sont ceux où les organisateurs et les volontaires font ce qu’ils peuvent pour accueillir les joueurs et leurs équipes, et se demande constamment : « qu’est-ce qui rendrait ceci ou cela plus pratique pour les joueurs ? » Les joueurs apprécient vraiment quand les hôtels sont proches du site, les moyens de transports efficaces, un service de laverie généreux (c’est assez facile d’oublier que les équipes et les familles ont aussi besoin de faire leur lavage !), et de la bonne nourriture saine.

Et pour terminer, le classement de Kevin a significativement augmenté depuis que vous êtes membre de l’équipe, est-ce la meilleure réponse possible à ceux qui sont septiques concernant la contribution d’une femme de joueur à l’équipe ?
Chaque joueur a des préférences différentes concernant le fait de voyager avec leurs partenaires, et ils savent ce qui fonctionne pour eux. Les gens oublient que les partenaires doivent aussi être intéressés dans le fait de « travailler » pour l’équipe. Kevin et moi sommes chanceux du fait qu’il apprécie ma compagnie et mon aide, et que j’apprécie aussi de jouer un rôle dans le succès de l’équipe. Notre partenariat a été fructueux, donc je nous considère comme très chanceux. Ce style de vie n’est pas fait pour tout le monde, mais j’adore vraiment être avec Kevin durant ce moment particulier et je veux l’aider à atteindre ses rêves de la façon dont je le peux. Je me sens extrêmement privilégiée de participer à cela, et je fais de mon mieux chaque jour pour profiter au maximum de cette incroyable opportunité.

Une réflexion au sujet de « Ma vie sur le circuit en tant que femme de joueur, par Kelsey Anderson »

  1. Coucou
    Interview très intéressante 🙂 merci à toi Jeff de nous faire partager des interviews unique que même les vrai journaliste ne font pas …
    En tous cas, elle fait du beau travail pour son mari et l’équipe, je tiens à souligner que les femmes de Fed, Djokovic, Murray et d’autres doivent faire la même chose 🙂
    A très bientôt pour de nouvelles interviews

    Bon lundi !

Poster un commentaire (adresse e-mail non obligatoire)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s