A la découverte du métier… d’arbitre de chaise, avec Pascal Maria

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Suite de ma série d’interviews permettant de découvrir le travail des personnes qui évoluent autour des joueurs de tennis. Après le métier de responsable des relations publiques, j’ai décidé de m’intéresser au métier d’arbitre de chaise. Beaucoup de fans de tennis envient leur place, sans aucun doute la meilleure sur le court, et ce n’est pas Pascal Maria, arbitre professionnel depuis 2002, qui dira le contraire. Celui qui a notamment officié lors de la plus longue finale de Grand Chelem de l’histoire lors de l’Open d’Australie 2012 a très gentiment accepté de répondre à mes questions, entre deux avions, afin de vous faire découvrir son métier.

Tout d’abord, comment devient-t-on arbitre de tennis ?
Ce n’est pas quelque chose dont on rêve étant jeune! Et malgré tout cela est une vraie vocation et c’est terriblement prenant. J’ai énormément joué quand j’étais plus jeune et force est de reconnaitre que mes qualités n’étaient pas suffisantes pour embrasser une petite carrière de Joueur professionnel. Du coup, venant d’un club (Nice) où les arbitres de haut niveau étaient légion (ndlr : citons notamment Bruno Rebeuh, arbitre professionnel de 1988 à 2001), ils m’ont donné cette petite flamme et cette envie d’arbitrer sur les gros courts du monde entier. Petit à petit, en commençant à l’ATP de Nice à l’époque, puis Marseille, Roland et ainsi de suite j’ai passé mes galons d’arbitre et par coup de chance (et peut être aussi parce que je n’étais pas très mauvais…) j’ai réussi.

Vous voyagez beaucoup, combien de temps passez-vous loin de chez vous ? Et établissez-vous vous-même votre programme ?
Je dirai que je suis une trentaine de semaines (entières) loin de ma base à Nice. Mon programme est établi plus ou moins les mois qui précèdent la nouvelle année.

A quoi ressemble la journée typique d’un arbitre sur le circuit ?
Cela dépend des caractères et des personnes. Mais bon pour moi lever vers 7.30, connaissance des désignations de la journée, gym, petit déjeuner et départ sur le site au minimum une heure avant le début des matches. Une fois sur place, en plus que d’arbitrer sur le court proprement dit, beaucoup d’obligations sont rajoutées au programme. Evaluations, traitement de certain dossier relatif au développement de l’arbitrage dans le monde, l’éducation etc…

Vous faites partie des meilleurs arbitres du monde depuis plusieurs années maintenant… Quelles sont les qualités essentielles d’un bon arbitre en tennis selon vous ?
Parti des meilleurs arbitres ????? Pas le meilleur???? Non je plaisante. Je pense que la qualité principale d’un arbitre, même si cela peut paraitre évident, est la communication. En effet expliquer au joueur le pourquoi du comment et surtout d’être actif et non pas réactif est quelque chose d’essentielle dans notre profession.

Rester assis pendant des heures sur la chaise d’arbitre, n’est-ce pas physiquement difficile ? Quel tournoi a les chaises les plus confortables ?
C’est difficilement explicable mais une fois sur la chaise, on a l’impression que le temps s’arrête et que les heures passent extrêmement vite. En effet, on rentre dans une sorte de Bulle, et celle-ci s’éclate une fois la fin du match prononcée. Il m’est impossible de rester au bord d’un court pour regarder un match. Je trouve ça long, contraignant et pas très intéressant. Tout ceci vient du fait, je pense, que de regarder du tennis sans le juger devient ennuyant! L’US open est, à mon avis, le top en matière de confort.

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Vous avez arbitré des centaines de matches dans votre carrière… Quels sont ceux qui vous ont le plus marqués ?
Il y en a plusieurs qui m’ont marqués. Le principal dans tout ça est que l’on ne se souvienne pas de qui a arbitre cette partie à la fin du match.

– Roddick El Ayanoui Melbourne Australian Open quart de final 2006?

– Demie finale de coupe Davis double Russie Argentine 6.20 heures sur la chaise!

– Première Finale a Roland 2002 Costa Ferrero

– Finale Wimbledon 2008 Federer Nadal. Juste Mythique par le niveau de tennis et le lieu.

– Finale Australian Open 2012 Nadal Djokovic. Mythique par l’intensité et la lutte physique.

– Demi Roland 2013 Djokovic Nadal. A Roland “Chez moi” du grand tennis.

À force de côtoyer les joueurs vous devez sans doute nouer des contacts particuliers avec certains d’entre eux ?
Oui je les connais tous plus ou moins. Les Français actuels et les anciens joueurs Français beaucoup plus (je me fais vieux). Et puis très bien Les Suisses avec Stan et Roger car nous avons plus ou moins une histoire commune (J’ai arbitré énormément de fois Roger en Grand Chelems et des liens professionnels se sont formés). Avec Nadal aussi. Rafa a gagné son premier Roland, son premier Wimbledon et son premier Australian open avec moi! Donc cela rapproche. Mais le code d’éthique d’arbitre est très strict. Aucun lien d’amitié ou autre ne doit pouvoir être palpable. Je ne vais jamais manger au restaurant avec eux ou autre. Cela est très important à respecter pour l’image

L’arrivée du hawk-eye a-t-elle changé quelque chose dans votre façon d’arbitrer ? On entend souvent dire que les arbitres prennent moins d’initiatives depuis l’arrivée de cette technologie…
L’arrivée du Hawk-eye a révolutionne l’arbitrage. Cela est un peu plus compliqué maintenant avec les medias, journalistes. Car nous sommes plus ou moins jugés sur chaque balle. Par contre les “vraies” disputes sur le terrain avec les joueurs ont plus ou moins disparus. Car la plupart venaient de l’interprétation de balle faute pou bonne. Oui ils prennent moins d’initiatives. C’est un fait. Mais nous sommes retombes dans le règlement proprement dit du tennis qui est d’overruler (changer la décision du juge de ligne) que sur une erreur flagrante. Ceci dit et c’est vrai que peut-être certains arbitres sont devenus un peu passifs….

Et pour finir, arbitre de tennis, diriez-vous que c’est un métier de rêve ?
Ce n’est pas un métier de rêve car il faut en permanence se remettre en question et l’erreur de demain peut effacer la crédibilité gagnée jusqu’à présent. Toujours dans les avions et transports en commun. Loin de la famille…. Ceci dit c’est toujours excitant que d’évoluer dans son sport favori, faire partie du haut niveau, voyager et tisser des relations sociales toutes différentes les unes des autres sur le globe entier. De découvrir de nouvelles choses et d’avoir la meilleure place sur le court que Personne ne peut prendre !

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10 réflexions au sujet de « A la découverte du métier… d’arbitre de chaise, avec Pascal Maria »

  1. RF entre bien en compétition, c’est très bien de le voir jouer pour son pays cette saison, dommage qu’il ne l’a pas fait souvent dans sa carrière

  2. Bonne interview avec de bonnes questions et des réponses très intéressantes. Cet arbitre français fait honneur à notre pays 😀

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